08 juin 2022

Road-trip à travers l'agreste et le sertão

On a profité de la semaine des conseils de classe (banalisée au Brésil ; je ne pense pas que M. Ndiaye me lise, mais au cas où, je pose ça là...) pour découvrir l'arrière-pays.

 

Objectifs

- découvrir l'agreste et le sertão

- explorer des bouts du Parc du Catimbau et du majestueux fleuve São Francisco

- comprendre ce qu'est le cangaço

- et se détendre (les gens sont beeeeeaaaaaaucoup moins stressés en dehors de Recife...)

 



L'aventure a commencé dès la location de voiture, auprès d'une agence locale à 10 minutes de chez nous. Je vous passerai tous les détails, sauf un : la réservation.

« Prenez un Compass ou un Renegade. Vous êtes trois femmes, vous aurez moins de problème et partirez en toute tranquillité.



- Euh... vous vous référez à quel genre de problème ?

- Ben... si vous crevez par exemple. Ça a beaucoup moins de chance d'arriver avec un Compass. Vous n'aurez pas à changer de roue... »

Je le fusille du regard.

« Mais je dis ça sans préjugé, vraiment !

- Je ne suis pas d'accord. Je pense qu'il y a une bonne dose de préjugé dans cette phrase ! Donnez-nous 5 minutes, on réfléchit. »

[ Il a dit ça à K6, la Reine de la 2CV aux millions de km, et à moi, Princesse de la 4L en terre marocaine... ]

[ En vrai, je n'ai effectivement jamais changé de roue, j'aurais compté sur K6 ou Diana, mais ça, je ne l'ai pas dit... hihihi ]

Conseil de guerre et rapide échange WhatsApp avec notre guide du Catimbau : tous les points de départ des randos sont accessibles avec n'importe quelle voiture.

« Du coup, on va prendre la petite Hyundai HB20. » Nah!

(et en plus de moins consommer, elle est deux fois moins chère...)

 

28 mai 2022, près de Serra Talhada, PE

 

Vale do Catimbau

Après 6 excellentes soupes et une nuit sans histoire dans la fraîcheur de Gravatá (à presque 500 mètres d'altitude), nous avons atteint le village de Vila do Catimbau vers midi le samedi.

Au programme : des petites randos pour découvrir les curiosités géologiques et les peintures rupestres de ce parc méconnu et pourtant magnifique.

 

Coucher de soleil (très furtif à travers l'épaisse couche de nuages) près da Pedra da Igrejinha


Le roi lion des Torres

Diana future reporter du National Geographic, toujours près de Torres
 
Chapadão

 
Santuário. Vous voyez K6 ?
 
 



 

Mais le Catimbau, ça n'est pas que des paysages et la caatinga, il y a aussi un brin de culture... préhistorique !

Nous avons en effet pu observer de très près les œuvres des habitants du coin il y a 12.000 à 5.000 ans. Celles-ci ne sont pas protégées de l'humidité, des flashs ou tout simplement des grosses mains grasses des touristes curieux, mais juste séparées du sentier par une barrière anti-chèvres (de vraies délinquantes, ces biquettes !)


La fameuse scène de bataille des Homens Sem Cabeça, de tradition nordeste

Peut-être un calendrier ? Site de la Casa da Farinha, de tradition agreste

Site Loca das Cinzas, où se mêlent les deux types de peinture
 

 

Nous sommes restées trois jours complets, ce qui n'est pas assez pour tout voir, mais suffisant pour nous donner une idée de la richesse archéologique du lieu et nous faire un nom au village, où K6 et moi avons révolutionné les règles locales du billard :

 


 

Malgré une météo loin d'être complaisante, nous sommes reparties comblées et prêtes à découvrir le vrai sertão (le Catimbau fait la transition entre la caatinga et le sertão, terres habituellement chaudes et arides, sauf quand les pluies à Recife sont torrentielles).


Date à retenir

Le 22 août à 18 heures : la Globo diffusera le premier épisode de Mar do Sertão, une novela dont certaines scènes ont été filmées dans le parc.

[ Quand on décide de découvrir la culture brésilienne, on s'y met à fond...]

 

 

Piranhas, Serra Talhada et le fleuve São Francisco

Reprendre la route nous a fait du bien, même si ma fierté de pilote a été mise à mal par deux mecs et une chèvre qui nous ont doublées sur une petite moto lancée à plus de 100 km/h sur une route estaduale (de l'État fédéré).

 

Les voleurs (ça ne pouvait être que ça...) de chèvres allaient trop vite, mais Diana a eu le temps de prendre en photo un vendeur de barbes-à-papa, beaucoup plus pépouze...

 

Le fleuve São Francisco à Piranhas (Alagoas)
 
 
Piranhas est une petite ville paisible où il faisait bien plus chaud (elle se trouve 700 mètres d'altitude plus bas) et où il ne pleuvait pas (car plus loin du mauvais temps qui sévissait sur la côte).

Nous y avons découvert l'histoire de Lampião, de son vrai nom Virgulino Ferreira da Silva, le roi du cangaço, tué par la police en 1938 à Grota de Angicos, dans le Sergipe voisin. 

Pour la faire courte, Lampião est un peu le Robin des Bois ou le Mandrin du coin. À son époque, au début du 20e siècle, le Nordeste était un vrai Far West : il y régnait la loi du plus fort (surtout du plus riche). Lampião, d'origine modeste, en fut victime et décida de se rendre justice lui-même. Intégrer sa bande, qui écumait une région immense à cheval (eux et la région ^^) sur 5 États, c'était combattre le système du coronélisme et l'impunité des policiers, et finalement proposer une forme de justice sociale. 
 
Sa personne, encore plus que son look, reste controversée : à Piranhas, où il a tué beaucoup de monde, on le présente comme un brigand qui s'est fait gauler. 200 km plus au nord, à Serra Talhada, sa ville natale, c'est un héros local.

Si vous avez Netflix (ou les codes d'un être cher qui mérite toute votre reconnaissance) : le contexte du cangaço (très violent) et les paysages du sertão sont le décor du film O Matador sorti en 2017.





 

Xingó

 
Juste en amont de Piranhas, à cheval entre l'Alagoas et le Sergipe, se trouve l'impressionnante usine hydroélectrique de Xingó, la plus grosse et la plus moderne (elle est en activité depuis 1994) du fleuve São Francisco.
 

Source


Pour info, les plus de 212 millions d'habitants du pays sont fournis en énergie hydroélectrique (plus de 65 % du mix énergétique national ; à titre de comparaison, c'est presque autant que le nucléaire chez nous - les usines hydroélectriques ne produisent qu'environ 12 % de l'énergie produite en France).


Entrée du barrage de Xingó

 

Bien qu'impressionnante, Xingó ne serait que la 7ème usine du pays en termes de puissance fournie.

Nous avons aussi pu naviguer sur l'immense lac de retenue, de plus de 130 mètres de profondeur en certains endroits. Les canyons devaient être incroyables avant la construction du barrage !


 

Remontée du Fleuve São Francisco & improvisation

Pour échapper à la pluie, nous avons ensuite décidé de remonter le fleuve "jusqu'à ce qu'il fasse beau". Nous avons donc suivi la belle rive bahianaise en poursuivant le cours de géographie : les capitales du Pernambouc, de l'Alagoas, du Sergipe, de Bahía sont... 

[ demandez à Diana, elle devrait être au point maintenant ]

Rien à signaler à part une mygale qui a traversé la route et Diana qui a calé sur un dos d'âne (c'est vous dire s'ils sont raides) sous les yeux de piliers de bar hilares. On a aussi mangé un bon poisson grillé près de l'ancien bac de Barra do Tarrachil ; le proprio n'en revenait pas d'accueillir trois clientes (étrangères de surcroît) au pied levé dans un endroit aussi reculé !

 


Pedra Furada

Mais on a beau improviser, le temps exécrable (pluie et froid, si si, je vous jure !) a bien fini par nous rattraper. Après une nuit à Salgueiro et une visite sous la pluie de la cachaçaria São Pedro à Triunfo (un village perché dans la Serra da Baixa Verde à 1000 mètres d'altitude), nous avons malgré tout fini notre virée en beauté. La campagne pernamboucaine vue de l'immense arche naturelle de Pedra Furada, près de Venturosa, est magnifique !


 



 

Où est Kâssis ?

 

 

 

 

 

Conclusion 

En fin de compte, il s'est avéré que le loueur de voitures n'avait pas tout-à-fait tort. Même si je n'étais pas sereine à l'idée de traverser des villages perdus dans un véhicule valant le prix d'un appart' à Boa Viagem et préfère donc souvent jouer la discrétion, un SUV, ou au minimum une voiture un peu plus haute du type Kwid ou Sandero, n'aurait pas été du luxe. Mais pas à cause des pistes (souvent tout-à-fait carrossables), non-non, plutôt à cause des routes goudronnées elles-mêmes (surtout celles du Pernambouc - sans viser personne...), dont certains tronçons ont une quantité de cratères au mètre carré supérieure à celle des jets privés sur le tarmac de Glasgow en pleine COP26.

 

D'après le rapport 2021 de la Confédération Nationale du Transport (oui, je me suis renseignée, ça me chiffonnait de blâmer le Pernambouc sans autre preuve que mon propre jugement...), l'état général des routes du Pernambouc est en effet un peu en dessous de la moyenne nationale, beaucoup moins bon qu'en Alagoas, un peu moins bon qu'à Bahía et comparable au Sergipe.

 

Dans l'absolu, une petite voiture passe de partout (tant pour sortir de Recife sous la pluie par les routes escarpées et pleines de trous de Cohab que pour découvrir les pistes sableuses du Catimbau). Les facteurs limitants seront plutôt la durée de vie des amortisseurs et la résistance au stress du propriétaire de la caution laissée au loueur...


Mon nouveau passeport Pernambucar, prêt à récolter de nouveaux tampons !
 

2 commentaires:

  1. Bravo pour le récit de cette aventure . C'est vraiment très sympa de nous faire découvrir tout cela. Et avec humour en plus!

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  2. trop trop bien de lire tout ça !
    mention spéciale pour la chèvre en moto qui m'a fait mourir de rire ! n'est pas dominic torreto qui veut...

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